Test Detroit Become Human

Test Detroit Become Human

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Il y a des studios de jeux vidéo, et il y a Quantic Dream. Depuis 1997, le développeur (français !) ne cesse de fasciner, troubler, énerver, émerveiller et j’en passe. Chaque nouveau titre est donc un événement, attendu généralement comme la révolution ou la déception de plus. Quoi qu’il en soit, Detroit Become Human est la dernière création sorti de l’imagination de David Cage et naturellement, c’est sur PS4 que ça se passe.

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A titre personnel, je n’ai jamais eu de problèmes ou de difficultés avec les titres de Quantic Dream. Comme expliqué dans le préambule, le studio divise énormément les joueurs de par son style de jeu à la fois intéressant mais troublant : le film interactif (à l’exception de The Nomad Soul). Qu’il s’agisse de Fahrenheit , d’Heavy Rain ou encore de Beyond Two Souls, la question qui revient est toujours la même  : est-ce un jeu ou un film ? C’est une interrogation qui vaudrait un article à part entière et c’est pour cette raison que je ne m’attarderai pas plus sur le sujet lors de ce test. Car oui, j’imagine que vous l’avez compris, aujourd’hui c’est bel et bien de Detroit Become Human dont nous allons parler et accrochez-vous, c’est très fort.

Sans surprise, Detroit est donc un jeu d’aventure très proche d’un film interactif sorti en mai 2018 sur PlayStation 4 uniquement. Entre God of War et autres The Last Of Us, il s’agissait clairement de l’exclusivité la plus attendue sur la console de Sony, tant on sait à quel point le studio ne ménage pas ses efforts concernant ces créations. En développement depuis 2013 et présenté à de multiples reprises entre 2015 et 2018, l’attente était bien évidemment présente et le studio attendu au tournant pour sa grande première sur current gen.

Changement d’ambiance…

Après nous avoir confrontés à la réalité pure et dure dans Heavy Rain et nous avoir transposé dans un univers plus psychédélique et fantastique avec Beyond Two Souls, David Cage nous emmène cette fois-ci dans le futur avec Detroit Become Human. Nous sommes en 2038, dans un monde qui a (beaucoup trop ?) évolué. En effet, l’univers de Detroit semble être une représentation assez logique (sur certains points) de ce à quoi pourrait ressembler le monde de demain. Les humains sont connectés en permanence, les livres sont remplacés par des tablettes, les systèmes sont automatisés mais surtout… les androïdes existent.

Pour faire simple, Cyberlife, la société à l’origine de ces fameux robots, découvre une technologie appelée le “thirium” lui permettant de créer des machines plus que similaires aux êtres humains pour “assister” l’Homme au quotidien. On retrouve donc un monde dans lequel évoluent des êtres humains habituées à l’assistanat de leurs androïdes , et des robots à l’allure humaine qui se contentent d’être programmé à rester esclaves. Cependant, c’est à Detroit que les premiers cas de robots “déviants” se manifestent avec des humanoïdes qui (grossièrement) commencent à désobéir et dysfonctionner et c’est sur ce premier “accroc” que le jeu poses ses bases de scénario et de background. Comme vous le voyez, en termes d’univers ce n’est pas une première pour le studio Quantic Dream qui s’était déjà essayé à une vision futuriste avec l’excellent Nomad Souls sur Dreamcast. Cela dit, la différence notable se remarque du fait que cette fois-ci ce n’est pas juste une fiction par moments, mais bien un essai d’anticipation de la part de David Cage. 

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Si bien évidemment il semble assez improbable que de tels androïdes existent un jour ou encore que l’homme colonise Mars avant 2038, force est de reconnaître que les situations du jeu et les diverses choses qui se passent quand on prend la peine d’observer sont assez réalistes par rapport à tout ce qui peut se passer désormais. Certes le Detroit de 2038 est bien trop évolué pour se situer aussi tôt chronologiquement, mais il n’en est pas pour autant délirant et hors de propos. C’est un univers cohérent, bien construit et surtout  bien justifié scénaristiquement. Il faudra prendre le temps de regarder à gauche et à droite et de lire l’ensemble des documents disséminés un peu partout dans le jeu mais c’est un monde dans lequel il est facile de s’identifier et les choses ne semblent au final pas si improbables que ça. Detroit possède un cadre attachant, à mi-chemin entre le réalise et la science-fiction traditionnelle sans pour autant tomber dans les clichés.

Qu’on se le dise, le nombre de choix, d’incidences et de possibilités offertes par le scénario est totalement phénoménal. En tant qu’expérience interactive, c’est du jamais vu. 

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Une question de choix

Avant toute chose, pour des raisons logiques de spoil, je n’entrerai pas réellement dans le détail de l’histoire. Je pense honnêtement que c’est un jeu à découvrir de A à Z et c’est pourquoi je ne vous divulguerai pas la trame réelle du titre. Mais sachez que cette dernière traite de sujets très humains, politiques et sociaux, une première chez Quantic Dream.

Si dans un jeu plus “traditionnel”, l’histoire a une réelle importance, elle l’est encore plus dans un titre Quantic Dream. En effet, le gameplay étant généralement mis au second plan pour une expérience visuelle, sonore et scénartistique, il est important de réussir à emporter le joueur avec un scénario intéressant et bien construit. Dans cet univers futuriste, le jeu nous offre la possibilité  incarner 3 robots différents à savoir : Markus (un androïde assistant d’une personne âgée), Kara (une androïde ménagère) et enfin Connor (un androïde détective). Trois personnages pour trois histoires différentes et qui (comme toujours chez Quantic Dream) se lient d’une manière ou d’une autre, le tout orchestré par une arborescence absolument extraordinaire. Dans Quantic Dream tout est question de choix, et chaque choix a son incidence. C’est un refrain plutôt commun pour les jeux de David Cage qui ont toujours présenté cette particularité mais dans Detroit, c’est une vérité encore plus absolue. Qu’on se le dise, le nombre de choix, d’incidences et de possibilités offertes par le scénario est totalement phénoménal. 

En tant qu’expérience interactive, c’est du jamais vu.  Chaque séquence, chaque passage, chaque dialogue en amène un autre qui en amène un autre, etc… “C’est votre histoire” fut longtemps la baseline du jeu avant sa sortie et autant dire qu’il n’y a pas eu tromperie sur la marchandise. Qu’il s’agisse de Kara, Markus ou Connor, chaque partie est différente. Vous définir précisément le nombre de choix et d’incidences possible par situations serait tout bonnement impossible. Avoir le choix n’est pas un sentiment ou une illusion dans Detroit, mais bel et bien un fait.

Entre la quête d’identité de l’un, l’envie de repartir à zéro pour l’autre ou l’enquête pour le dernier, la mise en scène opérée par David Cage et la qualité globale de l’histoire rendent le titre terriblement accrocheur. Si jusqu’à présent les jeux Quantic Dream ont toujours soufferts de problèmes d’écritures (notamment dans les dialogues) rendant les personnes moins attachants et humains, c’est (paradoxalement) dans Detroit avec les androïdes que le studio français réalise sa pièce maîtresse en terme d’écriture, de développement de personnage ou d’histoire en règle générale. La volonté de s’approcher d’une réelle oeuvre cinématographique n’est plus à prouver et dans Detroit : c’est presque assumé. Au fil des heures, on fini par devenir emphatiques avec les personnages que l’on incarne, on veut en savoir plus et une fois terminé… on en redemande. Qu’on adhère à l’univers ou non est un choix, mais de manière objective, Detroit est une véritable réussite dans son/ses scénario(s). Ici pas de remplissage ou de situations tirées par les cheveux, pas de ligne directrice imposée pour l’histoire ou de situations figées. Comme le disait si bien la com : c’est VOTRE histoire. Et des histoires dans ce jeu, il y en a énormément en fin de compte.

Inutile de faire comme le jeu et faire passer par divers embranchements : le jeu est une énorme claque visuelle, tout simplement.

Bienvenue dans le futur.

Les choses ont bien évoluées depuis 2011. “Absents” de la scène vidéoludique depuis plus de 7 ans, il est naturel que l’on attendait Quantic Dream au tournant avec Detroit. Inutile de faire comme le jeu et faire passer par divers embranchements : le jeu est une énorme claque visuelle, tout simplement. Les premiers trailers diffusés en 2015 laissaient envisager une performance technique admirable  avec un nouveau moteur époustouflant, trois ans plus tard le résultat est sans appel : la promesse est tenue. D’un point de vue purement technique, Detroit Become Human n’a presque pas de défauts. La motion capture dans laquelle Quantic Dream a toujours excellé atteint désormais un niveau de réalisme saisissant, ce qui renforce naturellement l’affection que l’on pourra avoir avec l’ensemble des personnages du jeu. Connor, Markus et Kara sont des androïdes, mais visuellement ce sont de véritables humains, autant pour l’histoire du jeu que pour le rendu visuel pour le joueur. Encore une fois, c’est une nouvelle prouesse dans l’industrie du jeu vidéo (pour la motion capture) qui est réalisée par Quantic Dream. Quantum Break (jeu développé par Remedy et sorti sur Xbox One/PC en 2016) avait déjà frappé fort mais force est de constater qu’à l’heure actuelle, aucun titre ne peut prétendre proposer une modélisation et une animation faciale aussi réussie. Pour ce qui est du reste, le jeu est tout aussi beau.

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Les divers quartiers de Detroit sont inspirés, très bien modélisés et l’ambiance graphique du jeu de manière générale reste très au-dessus de ce qui se fait dans la norme. Mention spéciale pour les lens flares, les effets de pluie ou encore de particules qui bénéficient d’un soin particulier. Bien évidemment, il ne faut pas oublier que Detroit Become Human n’a pas nécessairement les mêmes contraintes que d’autres jeux. En effet, le côté film interactif et gameplay “limité” (dont nous parlerons juste après) permettent aux développeurs de concentrer l’essentiel sur le background du jeu et sur sa réalisation, d’autant plus que les séquences de Detroit sont très courtes et les décors assez réduits. Cela dit , le travail est réalisé à la perfection et Detroit est un régal pour les yeux, du début à la fin.

Ajoutez à cela une bande-son maîtrisée à la perfection avec des thèmes marquants pour certains qui accompagnent toujours de manière très cohérente les diverses situations du jeu. Les scènes du jeu sont magnifiques et toujours orchestrées de façon admirable. Rapide mention spéciale pour la VF qui, n’en déplaise aux anti-VF, s’avère très convaincante avec un doublage de qualité qui ne gâche à rien à l’expérience de jeu par rapport à la VO. Et je parle en essayant fait le jeu des deux manières. VO ou VF choisissez votre camp, mais les deux sont très réussies.

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Aïe Robot.

Quand on évoque un jeu Quantic Dream, on a toujours la crainte d’arriver au moment de parler du gameplay. Si des efforts ont été faits sur Beyond Two Souls pour rendre l’expérience moins indigeste manette en main que ne l’était Heavy Rain, le gameplay n’a jamais été le point fort du studio. Alors qu’en est-il pour Detroit Become Human ? Sans mauvaise foi, c’est bien la première fois dans un jeu de David Cage que la lourdeur et la rigidité des personnages ont un sens : ce sont des androïdes. Même si une petite pointe de troll sort de mon message, il faut tout de même admettre que la maniabilité (bien que toujours très rigide et cadrée) a quand même subi un joli lifting par rapport à ce à quoi nous étions habitués. On n’incarne pas Link dans Breath of The Wild ou Nathan Drake dans Uncharted  mais il y a du mieux  et comme je l’ai expliqué : c’est cohérent. Vous ne serez pas à l’abri de vous cogner dans quelques murs invisibles ou de tourner en rond dans une cuisine car bloqué(e) par une poubelle (situation vécue) , mais dans l’ensemble les mouvements sont quand même appréciables et Detroit ne vous fera pas exploser de rage comme avait pu le faire Heavy Rain en son temps.

L’autre coeur du gameplay est bien évidemment la surenchère de QTE qui viendront ponctuer vos aventures et mésaventures. Ici, rien d’original malheureusement. On retrouve le même style d’actions à réaliser que dans Beyond Two Souls et Heavy Rain, ce qui ne dépayse absolument pas. 

Par ailleurs, la ressemblance entre les phases d’enquête avec Connor et celles de Jayden dans Heavy Rain sont très (voires trop) similaires par moments. Aucune réelle prise de risque donc pour Quantic Dream de ce point de vue là. On notera bien des séquences à jouer avec (l’infâme) pavé tactile de la manette Dualshock ou la présence (encore…) des phases au sixaxis, mais rien de bien marquant. Comme pour tout jeu de notre cher  David Cage, on joue pour l’expérience, pas nécessairement pour le gameplay. Au delà de ça, le nombre de choix, de situations, de choses à découvrir, de responsabilités à prendre et j’en passe nous font rapidement oublier que oui : Detroit Become Human est une expérience unique en son genre plus qu’un jeu vidéo traditionnel.

Detroit est certainement l’une des expériences interactives les plus belles et incroyables réalisée, mais c’est surtout l’oeuvre parfaite de Quantic Dream et pour ça, chapeau.

Pour conclure ?

Il est temps pour moi de conclure mon “retour” à l’écrit avec ce test de Detroit. Comme vous l’avez lu, j’ai essayé de vous retranscrire le plus possible les diverses qualités et défauts du jeu. Et je pense également que vous avez compris que oui, j’ai adoré Detroit Become Human. Ayant toujours été plutôt réceptif au concept si particulier du jeu vidéo sous forme de film interactif, j’ai bien évidemment été totalement subjugué par le dernier bijou de Quantic Dream. C’est beau, intéressant, développé, cohérent, pertinent et je ne suis même pas entré dans les détails sociaux/politiques et les différents messages que le jeu souhaite faire passer tant ils sont nombreux et mériteraient un article à part entière.

Si David Cage reste maladroit au niveau de son écriture sur ses scénarios, il n’en reste pas moins qu’il livre là son oeuvre la plus aboutie d’un point de vue scénaristique. Son développement de personnage est parfait, son histoire tient la route et même si sa vision de notre futur est peut-être un peu trop “SF”, elle n’en reste pas moins cohérente sur certains points. Dans ses idées, il a été suivi de manière tout aussi efficace par son studio de développement qui les a concrétisées via une oeuvre qui représente à elle seule toutes les ambitions de Quantic Dream depuis sa création. Detroit Become Human n’est pas un jeu parfait, si encore faut-il le considérer comme un jeu. Par contre, c’est certainement l’une des expériences interactives les plus belles et incroyables réalisée, mais c’est surtout l’oeuvre parfaite de Quantic Dream et pour ça, chapeau.

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A propos de l'auteur
Sylar

Sylar

Passionné de jeux vidéo depuis plus de 20 ans, et créateurs de contenus multimédias sur internet depuis 2009. J'ai commencé par faire des critiques gaming sur Dailymotion avant de m'exporter sur YouTube et lancer mon propre site pour vous partager ma passion du jeu vidéo.

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